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Roger Moore a eu l’amabilité d’accorder une interview écrite aux copropriétaires de son site officiel. Il s’agit d’une exclusivité. Il est donc INTERDIT de reproduire, même partiellement, le contenu de celle-ci sans autorisation expresse  et écrite de Alan Davidson et de Marie-France Vienne (Brett).    

Alan

Lors d’un entretien télévisé diffusé récemment, on vous a posé la question de savoir d’où vous est venue selon votre propre expression une certaine attitude “snob”. Un comportement que vous attribuez au succès que vous avez rencontré au début de votre carrière, alors qu’en réalité vous êtes issu d’un milieu modeste (Roger Moore est né à Stockwell, une banlieue sud de Londres, ndlt). Vous n’aviez pas eu l’occasion de vous exprimer pleinement à ce propos. Pourriez-vous nous en dire davantage?

 

Roger

J’en avais parlé quelques fois auparavant et j’ai entendu d’autres y faire allusion. La plupart des acteurs sont en fait des gens timides. Se composer un personnage, que ce soit sur ou en dehors d’un plateau est une forme d’évasion. On pourrait penser que je suis extraverti alors que depuis mon plus jeune âge j’ai toujours éprouvé des difficultés à déambuler dans un restaurant. Au fil des années, j’ai construit le personnage “Roger Moore”qui avait une apparence sociable et assez sophistiquée. Dans mon for intérieur, il en était autrement, c’était quelqu’un de différent. Et je pense que c’est pour cette raison que j’ai développé un ulcère du duodénum lorsque je suis arrivé à Hollywood à l’âge de 25 ans.

 

Alan

J’adorais la série “Amicalement vôtre” lorsque j’étais enfant. Il y avait une sorte d’alchimie entre vous-même et Tony Curtis qui a bâti ce succès à l’écran et l’on ressentait une belle complicité entre vous. Avez-vous entretenu des relations d’amitié avec Tony hors tournage? L’avez-vous revu depuis “Amicalement vôtre”?

Roger .

La série “Amicalement vôtre” était une sorte de vecteur pour deux hommes qui cherchaient à atteindre leurs objectifs respectifs mais en suivant des voies différentes. Ce n’est pas en soit une idée novatrice, en tous cas pas au cinéma ou à la télévision. Ce processus fonctionne tant pour la comédie que pour un drame. Prenons l’exemple de la série “Cagney et Lacey”. En ce qui nous concerne, j’espère bien qu’il s’agissait d’une comédie, mettant en regard un impétueux Américain qui a grimpé les échelons grâce à son travail et un Lord britannique aux comportements désuets. J’avais de bonnes relations avec Tony, que ce soit à l’écran ou en privé. Nous avons deux personnalités très différentes mais nous partagions le même sens de l’humour. Nous vivons chacun à l’autre bout du monde mais lorsque nous avons l’occasion de nous croiser au même endroit, c’est comme si le temps n’avait pas eu de prise sur nous. Tony est un acteur très talentueux qui a un grand sens de la comédie et je voudrais bien revivre les aventures de Wilde et Sinclair juste une seule fois.

Alan

Avez-vous quelques anecdotes intéressantes ou amusantes lors des tournages de la série “Amicalement vôtre”?

 

Roger

C’est amusant de voir avec le recul combien à l’époque les vêtements étaient voyants et la façon dont ils ont évolué à chaque épisode, devanant de plus en plus cintrés. Nous menions la belle vie: quand on demandait du champagne, ce n’était plus une variante de Ginger Ale, ce n’était pas pour nous, le vrai de vrai, c’était du Moët et Chandon, du Dom Pérignon, de la Veuve Cliquot ou du Bolinger.

 

Alan

L’une des interviews les plus intéressantes que j’ai pu lire à votre sujet concernait le fait que vous ayiez déclaré regretter l’époque Bond alors que de toute évidence cela vous a apporté la célébrité et la richesse, arguments que vous pouvez désormais mettre au service de l’UNICEF. Maintenez-vous votre position concernant l’ère Bond?

Roger . 

Je ne regrette absolument pas la période Bond, ce que je regrette, c’est le fait que les protagonistes soient malheureusement toujours représentés arme au poing. En vérité, j’ai toujours détesté les armes et ce qu’elles représentent. La mort n’a vraiment rien de distrayant. De nos jours, la vision la plus tragique est celle de ces centaines de milliers d’enfants enlevés, leurrés et enrôlés en tant que soldats dès l’êge de huit ans. Bond représente une distraction, mais l’intention n’était pas de l’imiter dans la réalité.

 

Alan .  

C’est Audrey Hepburn qui était très engagé au sein de l’UNICEF qui vous en avait parlé. Pourriez-vous nous raconter la façon dont cela s’est déroulé et comment a évolué votre engagement? .  

.Click pictures for  large image penned by Roger

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Roger . 

J’en ai parlé à de nombreuses reprises.  En 1990 ou 1991, Audrey m’a demandé de co-organiser le “Danny Kaye International Children’s Awards” à Amsterdam. Elle m’a suggéré de venir plus tôt afin de participer à la conférence de presse. Je lui avais répondu que je n’en savais pas assez sur l’UNICEF pour en parler en conférence de presse. Elle m’avait dit qu’il souhaitaient seulement parler des films. Elle avait raison, mais ce n’était pas son but. Elle souhaitait uniquement parler de la situation critique des enfants de par le monde. C’est sa sincérité, sa passion, sa force de persuasion qui a éveillé ma curiosité, sans parler de sa verve et de sa connaissance du sujet. Tous ces éléments m’ont poussé à suivre une série de séminaires à Genève et à New York et à écouter le récit des autres Ambassadeurs auprès de l’UNICEF parler avec passion. J’avais beaucoup à apprendre. J'ai signé le document pour devenir représentant Spécial et cette décision a, dans une certaine mesure, changé ma vie.

 

 Alan 

En repassant en vue vos neuf années d’engagement actif en tant qu’Ambassadeur auprès de l’UNICEF, pourriez-vous nous dire quels en furent les moments les plus forts du point de vue émotionnel et ce que vous en avez retiré sur le plan personnel? 

Roger . 

Je pense qu’il est impossible d’isoler un moment plutôt qu’un autre tant les images d’enfants qui souffrent sont pénibles à voir.  Que ce soit dû aux conséquences de la malnutrition, de déshydratation, de profondes brûlures , bref le résultat le plus dégoûtant de n’importe quelle guerre, civile ou autre. Je pense dans ce cas aux mines antipersonnels. Savoir que certaines d’entre-elles ressemblent à des jouets, c’est vraiment la pire des choses.  Voir ces enfants rendus aveugles par un déficit en vitamine A. Visiter des villages où la population entière a souffert d'un manque d'un des éléments nutritifs microscopiques essentiels, l’Iode, du nom du syndrôme IDD (Iodine Deficiency Disorders/ Désordres du Manque de l'Iode) , avoir connaissance de ce que l’on appelle les “enfants de la rue”, qui vivent de leurs larcins et de la prostitution. Si je suis émotif? Oui. Mais de l’autre côté, quel plaisir de voir des visages s’illuminer lorsque l’on tourne un robinet, un geste simple que l’on effectue dans ce que l’on appelle le monde développé. Lorsque l’on reçoit de l’argent et des chèques après avoir lancé un appel et narré la souffrance de ces populations. Constater la générosité quelquefois irrésistible des êtres humains.  Rencontrer des centaines de milliers de volontaires qui donnent de leur temps si librement et qui ne reçoivent aucune reconnaissance en retour:  les ouvriers de chantiers, les ONG, “Save the Childrens”, “Médecins sans Frontières”, “Oxfam”, “La Croix Rouge”, “L'Armée du Salut”…la liste est sans fin. Oui il y a de la satisfaction à voir des organisations telles  que les Kiwanis qui essaient d’éliminer le IDD ou encore le Rotary qui sensibilisent l’opinion publique au problème de la polio…

 

Brett . 

Ne ressentez-vous pas une certaine frustration au vu de l’extrême pauvreté , des profondes injustices et du non-sens qui règnent dans ce monde? Si tel est le cas, quels sont, selon vous, les éléments qui pourraient laisser entrevoir une lueur d’espoir?

 

 Roger 

Je suis bien entendu frustré par rapport à cette pauvreté extrême et à cette violence qui semble sans fin. L’avarice en est la cause. Il est facile de se vautrer dans le luxe et la paix et d’adresser des sermons relatifs aux dettes du tiers monde. Mais peu d’entre nous sont néanmoins disposés à donner d’eux-mêmes. Nous pouvons cependant tous faire un geste, et des millions de personnes le font, les gouvernements le font, mais il y a tellement plus à faire. Je dois être de nature optimiste pour dire que la situation pourrait être meilleure. Je suis tout à la fois idéaliste et realiste. Enseignez l'amour, la générosité, les bonnes manières et qui sait si une partie d’une salle de classe transmettra ce message à la maison et qui sait, les enfants éduqueront-ils les parents. Regardons les choses en face: les enfants qui font cela sont l'espoir de demain.

Brett

Vous êtes un excellent acteur. Y a-t-il des rôles que vous auriez aimé jouer? Je me réfère au film “The Man Who Haunted Himself " (1970). Je pense que c’est là l’un de vos favoris.

 

Roger

Il n’y a aucun rôle que j’aurais souhaiter jouer, je voudrais seulement rester en assez bonne santé que pour m’attacher au travail qui m’attend. C’est important pour l’image que je véhicule auprès de l’UNICEF. Il faut, en quelques sortes, garder “le nom” en vie.

 

Alan

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui visitent ce site pour les amener à s’impliquer davantage dans les projets de l’UNICEF?

 

Roger

Contactez les comités locaux de l’UNICEF. Achetez toujours les cartes de voeux de l’UNICEF. Acheter la “Goutte d’Eau” dans les pays qui mènent ce type de campagne. Consultez les sites web de l’UNICEF

 

Alan

Comme on le dit couramment, “l’introspection est une chose merveilleuse”, après réflection, que regrettez-vous le plus dans votre vie et quelles sont vos moments les plus forts?

 

Roger

Je n’ai pas le temps de m’asseoir et de regretter. Néanmoins, j’aurais souhaité avoir la possibilité de voir davantage mes parents quand ils étaient encore en vie. J’aurais voulu faire davantage pour eux.

 

Alan

J’ai lu que votre mère disait souvent: “j’ai pleuré car je n’avais pas de chaussures à me mettre aux pieds jusqu’à ce que vois un homme qui n’avait pas de pieds”.  Avez-vous une citation particulière?

 

Roger

Ma mère avait le don de tout résumer, elle répétait également souvent que “les enfants devraient être vus et non entendus”, ils devraient être entendus, poser des questions, avoir leurs propres opinions, le droit d’être instruits afin que leurs attentes soient intelligibles. Respectez vos aînés et il m’est d’autant plus facile de le dire que j’en suis un!

 

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Avec nos sincères salutations et tous nos remerciements à Roger Moore 

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